CORPS EXPROPRIÉ, MÉMOIRE RÉIFIÉE
conférence de Denise Noël et Louise Tassé
Vendredi le 01 mars 2002

Entre les années 30 et 70, les enfants Indiens font l’objet d’un rapt par l’État canadien. Deux générations de filles et de garçons sont disséminés aux quatre coins du territoire dans six pensionnats à l’usage exclusif des autochtones. Visant la mort du Sauvage en eux, de concert, les autorités politiques et religieuses inscrivent la victoire de la civilisation et de la religion sur leur corps. A partir de cet événement historique et de la recherche MALI PILI KIZOS (Marie de la Nouvelle Lune en abénakis).

Déplacés dans un monde, comme dans l’autre, l’exil des enfants correspond à une expérience dans le temps et dans l’espace qui entraîne un arrachement, un déplacement voire un marquage du corps et du psychisme : séparation catastrophique, passage violent d’un lieu familier à un autre inquiétant, abandon obligé d’une langue maternelle pour une autre, refoulement d’une identité déclassée, pour celle de l’autre, inhabitable. L’usage politique de la cruauté, au long cours, fait aux enfants, le don étrange de la souillure. Penser le corps des filles nous permettra de comprendre comment, dans les communautés autochtones, il en est venu à faire l’objet d’une co-production traumatique.
- Denise Noël.

Ce qui fait problème dans le mouvement de spiritualité autochtone “ modernisée ”, c’est l’absence de mise en relation entre le retour du refoulé (cf. ce qui s’énonçait et se pratiquait dans le système religieux autochtone traditionnel dans le contexte d’une cosmologie et d’une organisation sociale autre que celles d’aujourd’hui) et le refoulement (ou l’effet de la perversion de la Loi par les Blancs). En un mot, ce mouvement ne fait pas l’objet d’un véritable travail de la mémoire individuelle et collective ; ce qui permettrait de mettre en perspective l’efficience de la pensée magique dans ce contexte.
- Louise Tassé