PROUST: DU CÔTÉ DE CHEZ FREUD
conférence de Lise Gélinas
Lundi le 01 septembre 2003

Cette présentation privilégie le thème de la perversion.
Il est tentant d’imaginer que Freud et Proust auraient pu se rencontrer et discuter des sujets communs à leurs œuvres, dont la perversion. Parler de sexualité comme le faisait Freud n’allait pas de soi et nécessitait sinon de l’audace, du moins un courage certain. Analyser la perversion sans détour dénote une rigueur intellectuelle inattaquable, doublée d’une réelle volonté de trouver la vérité.

Dans À la recherche du temps perdu, la section intitulée Sodome et Gomorrhe, de l’aveu même de Marcel Proust, aborde la perversion de façon beaucoup plus élaborée que ce qu’il avait prévu au départ, c’est-à-dire avant la mort de ses parents. Il a d’ailleurs fallu à peu près cinq ans après la mort de sa mère pour que Proust se mette à l’écriture de la Recherche. Pourquoi?

Au sujet de la perversion, Freud choque ses contemporains, même les esprits les plus scientifiques, en qualifiant la sexualité de l’enfant de perverse polymorphe. Quant au romancier, il observe jusqu’au fond de leur perversion, les plaisirs les plus aberrants de personnages dont le narrateur se fait volontiers le voyeur privilégié. Comparer Freud et Proust n’est certainement pas du temps perdu. Freud, fondateur de la psychanalyse était d’abord médecin; Proust était un grand malade. Le médecin lisait Sophocle; le romancier étudiait Krafft-Ebing.


Lise Gélinas

Professeure de littératures française et étrangère Collège Jean-de-Brébeuf.