CRIME DIT PASSIONNEL ET VIOLENCE MASCULINE
conférence de Annick Houel
Dimanche le 04 avril 2004

À partir de l’étude que nous menons sur 32 dossiers d’Assises de crimes d’hommes ayant tué leur compagne, nous avons abouti à l’ébauche d’une typologie clinique, qui s’appuiera sur une double hypothèse. Chez la plupart de ce type de meurtriers domine la dimension de la dépendance et de l’abandon, alors que chez d’autres domine plutôt un certain effroi devant la menace d’intrusion maternelle… C’est l’hypothèse princeps de Claude Balier qu’un homme peut tuer une femme parce qu’il veut tuer la part haïe de la mère qu’il projette sur elle, et qu’il la craint et la fantasme comme toute puissante. Ce qui n’empêche pas une interprétation de la violence masculine comme défense, face à une image de la mère qui fait peur à ce type d’hommes extrêmement infantiles. Et on sait combien on peut retrouver cette “faiblesse”, toute relative bien sûr, dans les différents types de violences envers les femmes, en particulier dans les violences conjugales. Nous testerons aussi l’hypothèse d’une analogie possible avec le crime d’honneur, où l’honneur bafoué est toujours celui d’un homme (père, mari, frère…), honneur dont les racines sont à comprendre comme celles d’une virilité menacée.


Annick Houel

Professeure à l'Institut de psychologie (Université Lumière Lyon) et auteure de nombreux articles et de livres notamment L'adultère au féminin et son roman (99), Crime passionnel, crime ordinaire (avec Mercader et Soboda, 2003) et Psychosociologie du crime passionnel (avec Mercader et Soboda, 2008).