Thérapie pour dépression grave au Congo du sud-ouest : la fonction androgynique du thérapeute
conférence de René Devisch
Mercredi le 01 septembre 2004

Dix grandes traditions thérapeutiques chez les Yaka à Kinshasa et dans le sud-ouest du Congo élaborent l'identité du patient et son expérience du corps. Je traiterai de la thérapie mbwoolu pour la dépression grave et autres déséquilibres humoraux. Au départ de la réclusion initiatique (neuf mois), le patient reçoit une série de figurines anthropomorphes en guise d'objet transitionnel. A l’intérieur d’une cosmogonie celles-ci figurent une transition graduelle du silure au corps humain adulte, sexué, et, finalement, investi des attributs majeurs de l'adulte. La thérapie vise surtout l'entrelacement de la sensorialité, de l'imaginaire et de l'énergie pulsionnelle, dans une inter-animation entre corps, groupe et monde. Le thérapeute -toujours un homme- ne soigne que la maladie dont lui-même a été guéri par une cure. Pour le temps de la cure, le thérapeute assure la fonction androgynique, transitionnelle et émancipatrice, d'oncle maternel du patient, littéralement. «mère mâle, épouse mâle, source mâle». Le rapport qu'il établit avec son patient est matriciel comme, par exemple, dans le massage et la phytothérapie. Mais en même temps, il évoque la normativité devant protéger la vie transmise en ligne utérine.


René Devisch

Psychanalyste, psychologue clinicien, anthropologue; doctorat de psychopathologie fondamentale et psychanalyse, Université Paris 7. Chercheur post doctorant, équipe « Interactions de la psychanalyse». africaniste, professeur d'anthropologie médicale à l'Université catholique de Louvain.