Penser Freud avec Patrick Mahony

DANS LA FOULÉE DU COLLOQUE ...
PENSER FREUD AVEC PATRICK MAHONY
ORGANISÉ PAR LE GEPI

Sous la direction de Louise Grenier et Isabelle Lasvergnas

Psychanalyste, exégète et critique de Freud, de l’homme aussi bien que de son œuvre, Patrick Mahony a contribué de manière remarquable à la relecture des textes fondamentaux de la discipline. L’examen minutieux auquel il soumet les grandes études de cas de Freud fait date, et ses efforts pour soustraire la pensée à l’idéalisation du fondateur sont salutaires. «Penser Freud avec Patrick Mahony», c’est donc emboîter le pas à celui qui poursuit, depuis près de trente ans, un parcours original et exigeant d’interrogation de l’héritage freudien. Fruit d’une collaboration entre auteurs venus d’horizons divers et qui tous reconnaissent l’apport d’un travail historique et interdisciplinaire exemplaire, cet ouvrage entre en résonance avec la lecture passionnée et hors norme que propose Patrick Mahony. Outre deux textes originaux de ce dernier, on y trouvera une analyse de ses positions théoriques et cliniques, de sa méthode d’investigation et de sa critique. Certains s’inspirent de Mahony pour « penser Freud» à partir de la métaphore archéologique ou de la fiction littéraire. D’autres interrogent sa démarche historienne. Tous admettent une dette de savoir à l’égard de ce chercheur exceptionnel.

Collaborateurs Autour de Patrick Mahony:
Martin Gauthier, Louise Grenier, Marie Claire Lanctôt Bélanger, Isabelle Lasvergnas, Georges Leroux, André Lussier, Michelle Moreau Ricaud, Louise Verrette


EXTRAIT ET PRÉSENTATION DU LIVRE

Ce livre ne constitue ni une apologie, ni une analyse critique, ni même une synthèse de l’œuvre de Patrick Mahony, ce psychanalyste, exégète de Freud Elle serait plus proche du commentaire, de la rencontre, ou de ce qu’Isabelle Lasvergnas appelle une « lecture quatrième ».
Chercheur de l'ombre en quête d'un « peu de lumière », Mahony revient sur les pas de Freud, retraverse l'histoire de la découverte de l’Inconscient, met ses mots dans les mots du « père de la psychanalyse », le suit à la trace et dans cet itinéraire qui va de l'écriture freudienne au désir qui la sous-tend, il nous invite à penser notre propre rapport à Freud. À penser librement, hors du dogmatisme institutionnel, hors des sentiers battus par les discours officiels, à penser Freud avec et contre Freud.
Tel est l’enjeu de ce livre, fruit d’une collaboration entre des auteurs venus d’horizons divers, que de reconnaître la valeur de l’œuvre, que d’entrer en résonance avec elle, que de lui répondre de leur lieu propre. Polyphonie de voix, polyphonie de lectures, développements inédits, « constellation Mahony » selon la belle expression de Louise Verrette. Mais d’abord, répondons à cette question : qui est Patrick Mahony ?

Docteur en littérature anglaise de l'Université de New York, Patrick Mahony a d'abord enseigné à l'Université de New York et à l'Université d'Aix-en-Provence avant de se joindre en 1963 au département des études anglaises de l'Université de Montréal. Il reste professeur émérite de la même université. Psychanalyste à la section anglaise de la Société canadienne de psychanalyse (1978) et membre titulaire de l'Institut canadien de psychanalyse (1993), il a fait partie de l'équipe psychiatrique de l'Université McGill pendant huit ans. Membre de la Royal Society of Canada et a reçu au cours de sa foisonnante carrière de nombreux prix et honneurs: le Fulbright, le Rockfeller, le Killan (recherches en psychanalyse), la chaire André Ballard de la Société psychanalytique colombienne (N.Y.C.) ; le prix Miguel Prados de la Société canadienne de psychanalyse, le Fritz Schmidl ( prix international en psychanalyse appliquée), le Mary S. Sigourney Award (contribution à la littérature, la théorie et la pratique psychanalytiques). Il est le principal consultant de la Library of Congress for the Freud Exhibition. Enfin, il a reçu le Carlson Award de 2002, remis par la Cornell University Medical College pour ses contributions à l'histoire de la psychiatrie. Auteur de plus de cent publications et d'ouvrages importants tel que Freud, l'écrivain, Les hurlements de l'homme aux loups, Freud et l'homme aux rats et La Dora de Freud, il est traduit en sept langues et appelé à titre de conférencier à travers le monde entier.

Si l'écriture de Freud est inséparable de son travail de pensée, c’est tout aussi vrai pour l’œuvre de Mahony. Ses livres portant sur la clinique freudienne en particulier, certains suggèrent qu'il y a une magnificence dans la faille. Non dans la faillite des analyses de Freud, mais dans les errements qui nous permettent de remettre en question nos théories et pratiques de la psychanalyse.


Pour Mahony, dont on lira ici deux textes originaux, l'écriture de Freud est inséparable de son travail de pensée et des mouvements inconscients qui sont à l’œuvre dans sa théorisation. Dans le premier, il se met « à l’écoute de Freud», principalement à travers les grandes histoires de cas de 1901 à 1914. Son but : repérer les errements de Freud tout en reconnaissant la valeur fondatrice de sa méthode et de ses découvertes. S’il y a en effet « une magnificence dans la faille » c’est parce qu’elle nous oblige à repenser notre rapport idéalisé à Freud, de même que nos théories et pratiques de la psychanalyse. C’est que l’homme est rarement à la hauteur de la statue que ses successeurs et biographes lui élèvent ! Voulant rencontrer Freud dans son humanité, Mahony se trouve lui-même engagé dans sa recherche. Dans son second texte, Mahony redevient ce qu’il n’a cessé d’être, un psychanalyste «à l’écoute de ses patients», une écoute dont il nous fait la théorie. Le psychanalyste, comme Œdipe, doit résoudre une énigme, celle de la vérité de l’homme, mais cette quête risque d’être stérile s’il n’a pas d’abord affronté ses propres démons, s’il n’a pas d’abord rencontré en lui-même sa propre vérité. Une psychanalyse, rappelle Mahony, est « une école de souffrance (Schule Leidens) », l’écoute de tout analyste, suppose donc le dépassement de l’idéalisation de son propre analyste, et à travers ce dernier, du premier analyste qu’est Freud. L’association libre ne doit donc pas être entendue comme une injonction «sumoïque» mais comme une méthode qui permet au patient et à son analyste d’avoir « accès à la vérité et aux fantasmes ».
Dans ce livre collectif, il s’agit donc, non seulement de« penser Freud avec Patrick Mahony» mais de penser Patrick Mahony avec Louise Verrette, Martin Gauthier, André Lussier, Marie Claire Lanctôt Bélanger, Michelle Moreau-Ricaud, Georges Leroux et Isabelle Lasvergnas. Sans oublier Patrick Mahony lui-même ! Afin d’éclairer le sens de l’œuvre et son apport à l’histoire de la psychanalyse.

Un texte psychanalytique fait penser le lecteur, le met au travail de l’inconscient. Il induit un transfert. Ce fait n’échappe pas à Martin Gauthier quand il souligne après Mahony l’effet de séduction produit par le texte freudien. Mais au-delà de la séduction, le lecteur de Freud – et de Mahony- est renvoyé à une relation qui implique le transfert. L’auteur s’adresse à un autre imaginaire dans la quête d’une reconnaissance de son désir, mais réalise également une sublimation qui permet de contrer l’idéalisation « de l’objet » et de rencontrer l’autre, un « public » qui fait écho à l’énigme qu’il interroge.
Contrer l’idéalisation ? André Lussier l’avoue. Il a « idéalisé » tout ce « beau monde », ces familiers de la scène internationale psychanalytique, ces grands noms qui ont hérité du travail sur Freud. Il rend ici hommage à Mahony d’avoir su ne pas être dupe des mirages narcissiques induits par la scène analytique ! Pour avoir voulu ignorer l’homme Freud, « son caractère, sa personnalité, surtout ses défauts » au seul bénéfice de l’œuvre, il avoue s’être trompé, en particulier sur La Dora de Freud. André Lussier est donc passé du « coup de foudre » pour Freud au « chemin de Damas » grâce, dit-il, à la lecture de Mahony : impossible désormais de séparer l’homme de son œuvre !
Mais « avons-nous besoin de tenir ensemble l’homme et l’œuvre pour faire ressortir l’âme des textes de Freud » demande Marie-Claire Lanctôt Bélanger ? « Faut-il connaître l’homme Freud pour comprendre Freud l’écrivain » ? Cela ne va pas de soi en effet comme en témoigne la dispute Proust/Sainte-Beuve. Selon Proust, le moi qui écrit n’est pas le moi officiel alors que pour Sainte-Beuve la biographie d’un auteur est utile pour comprendre l’œuvre. Dans ce débat, Marie Claire Lanctôt Bélanger ne tranche pas. C’est que, dit-elle, l’écriture, y compris psychanalytique, nous échappe et nous appartient, et toujours, elle parle de soi, dans une tentative sans fin de nommer ce qui est en souffrance dans l’être.

Michelle Moreau-Ricaud reconnaît, elle aussi, que « la recherche passionnante de Mahony » s’appuie sur le problème de l’idéalisation du corpus freudien. En tant qu’« apprentie historienne » de la psychanalyse, elle convient qu’il y a effectivement des erreurs de dates, de faits dans le récit du cas Dora, par exemple, mais peut-être s’agit-il là d’un camouflage rendu nécessaire pour des raisons éthiques, se demande-t-elle ? Elle se représente un Mahony enquêteur, plus intéressé par les faits matériels que par les faits psychiques cependant que « l’insolence de jeune homme interpellant post-œdipiennement l’ancien » peut nous autoriser à prendre nous-mêmes la parole.

« Saxa loquuntur », les pierres parlent ! Et Freud les écoute, pourrions-nous ajouter ! Un passage du livre de Mahony, Freud l’écrivain inspire Georges Leroux : « L’analogie la plus spectaculaire utilisée par Freud pour illustrer la permanence du matériel psychique est en effet cette longue métaphore archéologique (…). Rappelant la passion de Freud pour les statuettes grecques et égyptiennes, en particulier pour celles dite de Tanagra en tant que substituts du mort, Georges Leroux montre les limites de la métaphore archéologique. La spécificité d’une archéologie analytique est qu’elle vise, non l’idéalisation du passé, mais la reconstruction d’une histoire et la libération du sujet de ses ruines. Reste que la « notion d’une topologie archaïque des blessures de la vie psychique conduit à un irreprésentable, c’est-à-dire à un au-delà de la métaphore. »

Une « formidable espérance de vérité » sous-tend l’ensemble du projet de Patrick Mahony, soutient Isabelle Lasvergnas, celle d’atteindre le fond inconscient du texte freudien. Ce faisant, Mahony ne répète-t-il pas «l’obsédant souci de complétude de Freud dans son écoute et son récit du cas » demande Isabelle Lasvergnas ? Elle lui pose cette autre question : quel statut accorde-t-il à la réalité ? Sa relecture freudienne ne relève-t-elle pas d’une «archéologie des faits» qui se trouve paradoxalement à reproduire ce qu’il reproche à Freud, entre autres dans la cure de l’Homme aux loups ?

Enfin, dans le texte de clôture de ce livre, Louise Verrette résume le parcours de ce chercheur exceptionnel, parcours qui va des lieux de l’écoute (psychanalyse, supervision) à l’écriture en passant par les questions de l’analyse textuelle, de la traduction, de l’histoire de la psychanalyse, des récits cliniques de Freud, de la psychanalyse co-appliquée, etc.

Louise Grenier


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